mardi, 28 juillet, 2026
Selon Axios, citant deux sources régionales proches du dossier, les dirigeants du gouvernement iranien ont rejeté la dernière offre des médiateurs.
Trump a déclaré qu'il surveillait le site de stockage et de transfert de matières nucléaires de la République islamique (le mont Kalanggazelle) et qu'il ciblerait probablement bientôt cette zone.
Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a annoncé que le pays n'était actuellement pas intéressé à entrer dans un conflit entre Téhéran et Washington.
Le Qatar condamne fermement les attaques répétées de la République islamique contre la Jordanie, Bahreïn et le Koweït.
Président de la Chambre des représentants américaine : Nous devons mettre fin à la guerre et empêcher Téhéran d’acquérir des armes nucléaires.
Secrétaire américain à la Guerre : Chaque nuit, nous affaiblissons davantage la capacité opérationnelle de la République islamique.
Le Pakistan appelle à la retenue de toutes les parties dans la guerre contre l'Iran.
Attaque de pétroliers dans le détroit d'Ormuz ; le Koweït convoque l'ambassadeur de la République islamique.
Le prix du pétrole brut Brent a augmenté de 1,8 % pour atteindre 90,85 dollars le baril.
Le CGRI affirme avoir détruit un radar à longue portée et plusieurs avions ravitailleurs stratégiques américains.
𝙇𝙖 𝙢𝙤𝙣𝙣𝙖𝙞𝙚 𝙘𝙤𝙢𝙢𝙪𝙣𝙚, 𝙪𝙣𝙚 𝙩𝙧𝙖𝙣𝙨𝙞𝙩𝙞𝙤𝙣 𝙧𝙖𝙞𝙨𝙤𝙣𝙣𝙖𝙗𝙡𝙚 𝙫𝙚𝙧𝙨 𝙡𝙖 𝙢𝙤𝙣𝙣𝙖𝙞𝙚 𝙪𝙣𝙞𝙦𝙪𝙚𝙋𝙖𝙧 𝘿𝙧 𝙅𝙪𝙨𝙩𝙞𝙣 𝙆𝙖𝙩𝙞𝙣𝙖𝙣 𝙆oné
𝐋𝐀 𝐒𝐎𝐑𝐓𝐈𝐄 𝐏𝐑𝐎𝐆𝐑𝐀𝐌𝐌𝐄𝐄 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐌𝐎𝐍𝐍𝐀𝐈𝐄 𝐂𝐎𝐌𝐌𝐔𝐍𝐄 𝐄𝐂𝐎 : 𝐔𝐍𝐄 𝐀𝐍𝐀𝐋𝐘𝐒𝐄 𝐃𝐔 𝐌𝐈𝐍𝐈𝐒𝐓𝐑𝐄 𝐉𝐔𝐒𝐓𝐈𝐍 𝐊𝐎𝐍𝐄 𝐊𝐀𝐓𝐈𝐍𝐀𝐍.
𝙇’𝙀𝘾𝙊
𝙚𝙨𝙩-𝙞𝙡 𝙧é𝙚𝙡𝙡𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩
𝙖𝙧𝙧𝙞𝙫é à 𝙢𝙖𝙩𝙪𝙧𝙞𝙩é
?
𝙇𝙖
𝙢𝙤𝙣𝙣𝙣𝙖𝙞𝙚 𝙘𝙤𝙢𝙢𝙪𝙣𝙚,
𝙪𝙣𝙚 𝙩𝙧𝙖𝙣𝙨𝙞𝙩𝙞𝙤𝙣
𝙧𝙖𝙞𝙨𝙤𝙣𝙣𝙖𝙗𝙡𝙚
𝙫𝙚𝙧𝙨 𝙡𝙖 𝙢𝙤𝙣𝙣𝙖𝙞𝙚
𝙪𝙣𝙞𝙦𝙪𝙚𝙋𝙖𝙧
𝘿𝙧 𝙅𝙪𝙨𝙩𝙞𝙣 𝙆𝙖𝙩𝙞𝙣𝙖𝙣
𝙆𝙊𝙉𝙀, 𝙖𝙣𝙘𝙞𝙚𝙣
𝙢𝙞𝙣𝙞𝙨𝙩𝙧𝙚.
La CEDEAO
veut engager en 2027 le lancement progressif de l’ECO. L’ambition est légitime.
Elle ne dispense pourtant pas de regarder l’état réel de nos économies —
faiblesse des échanges régionaux, chocs asymétriques, fragilité des finances
publiques — ni de poser les questions politiques que soulève le calendrier. Une
étape s’impose : une monnaie commune de règlement avant la monnaie unique.
À première
vue, l'Afrique de l'Ouest touche enfin au but : l'ECO est annoncé pour 2027.
Depuis 1975, pourtant, la monnaie unique a été régulièrement annoncée,
différée, puis relancée. Cette fois, la CEDEAO prévoit d'avancer avec les pays
qui remplissent les critères de convergence ; les autres rejoindraient le
mouvement plus tard.
C’est ce
que les chefs d’État et de gouvernement ont décidé le 19 juillet 2026 en Sierra
Leone, lors de la 69e session ordinaire de la Conférence. Le communiqué final
confirme le principe d’un démarrage progressif. Il reconnaît aussi, sans
détour, que des questions importantes restent à régler entre la Commission,
l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest et les banques centrales.
Encore
faut-il s’entendre la sémantique « remplir les critères ». Ces critères de
convergence, largement hérités du modèle européen, ressemblent à un lit de
Procuste : un cadre unique, taillé d’avance, dans lequel on veut faire entrer
des économies très dissemblables, quitte à couper ce qui dépasse. Dans la
pratique, tout se ramène trop souvent à un seul chiffre : un déficit budgétaire
qui ne doit pas excéder 3 % du PIB. Or ce critère est un rapport entre deux
grandeurs, le déficit et la richesse nationale, et chacune des deux peut être
arrangée. Un État peut afficher un déficit plus flatteur en reportant sur
l’exercice suivant des dépenses pourtant inévitables, en sortant certains
engagements du périmètre du budget ou en comptant sur une recette exceptionnelle
qui ne se reproduira pas. Il peut aussi jouer sur le second terme : une
réévaluation du PIB, parfaitement légale, fait mécaniquement baisser le ratio
sans qu’un seul franc de dépense ait été économisé. Le même « 3 % » peut donc
récompenser un effort réel ou habiller une facilité comptable. C’est toute la
limite d’une convergence lue dans les seuls tableaux.
L’annonce
appelle donc moins des applaudissements que des réponses. Une date a été fixée.
Mais la région est-elle prête ? Les économies appelées à partager la même
monnaie commercent-elles assez entre elles ? Peuvent-elles encaisser ensemble
une crise qui ne les frappe pas de la même manière ?
L’objectif
est incontestablement noble. L’Afrique de l’Ouest a indéniablement besoin d’une
monnaie qui serve son intégration et réduise certaines dépendances. Ce qui est
critiqué ici esr le raccourci qui consiste à croire que la volonté politique,
aussi forte soit-elle, peut tenir lieu de fondation économique. Les difficultés
qui ont retardé l’ECO pendant un demi-siècle sont toujours là. Trois me
paraissent décisives.
I. Trois
obstacles majeurs qui n’ont pas disparu
1. Des
échanges intracommunautaires encore trop faibles
Le commerce
entre les pays de la CEDEAO reste inférieur à 15 % du commerce total de la
région. Les chiffres varient selon les années et selon que l’on prend ou non en
compte les échanges informels, mais l’ordre de grandeur ne change pas le
diagnostic : nos économies vendent et achètent encore principalement hors de la
Communauté.
Une monnaie
unique trouve sa force dans l’interdépendance. Elle est particulièrement utile
lorsque les entreprises d’un pays achètent souvent dans les pays voisins,
lorsque les chaînes de production traversent les frontières et lorsque les
travailleurs comme les capitaux se déplacent sans obstacles majeurs. Nous en
sommes loin. Nos économies restent tournées vers l’exportation de matières
premières agricoles, minières ou énergétiques — cacao, pétrole, or, coton,
bauxite, gaz — vendues sur les marchés mondiaux, tandis qu’elles importent de
l’extérieur machines, médicaments et produits manufacturés. Cette structure les
maintient dans l’orbite du dollar et de l’euro.
À cela
s’ajoute le coût du commerce régional : routes insuffisantes, liaisons
ferroviaires rares, contrôles nombreux, prélèvements informels aux frontières.
Une monnaie ne fabrique pas des routes. Certes, en réduisant les frais de
conversion et l’incertitude de change, elle peut donner de l’élan aux échanges
; mais elle ne peut approfondir que ce qui existe déjà.
L’Europe,
souvent citée en exemple, n’a pas commencé par l’euro. La Communauté européenne
du charbon et de l’acier a vu le jour en 1951. Le traité de Rome a créé la
Communauté économique européenne en 1957. Le Système monétaire européen et
l’ECU, unité de compte commune, sont apparus en 1979. Le traité de Maastricht
est venu ensuite, et l’euro n’a été introduit sous forme scripturale qu’en
1999, les billets et les pièces circulant à partir de 2002.
Un
demi-siècle de construction patiente. Le résultat : selon Eurostat, plus de 60
% du commerce de marchandises des États membres se fait aujourd’hui à
l’intérieur de l’Union, cette part approchant 80 % pour des pays comme la
Slovaquie ou le Luxembourg. C’est cette densité d’échanges qui donne à l’euro
sa raison d’être ; rien de comparable n’existe encore chez nous.
Personne ne
demande à l’Afrique de copier l’Europe. Notre histoire, nos besoins et nos
contraintes sont différents. Mais une leçon demeure : la monnaie unique
couronne généralement un processus d’intégration ; elle ne saurait en tenir
lieu.
2. Des
économies fragiles, exposées à des chocs différents.
La deuxième
difficulté tient à la structure de nos économies. Le Nigeria pèse lourd dans la
région et dépend encore fortement du pétrole et du gaz. La Côte d’Ivoire et le
Ghana sont très sensibles aux cours du cacao. D’autres pays dépendent davantage
de l’or, du coton, du tourisme, de l’aide extérieure ou des transferts de leurs
diasporas.
Ces
économies ne sont pas frappées par les mêmes événements au même moment. Une
hausse du prix du pétrole profite au Nigeria mais alourdit la facture des pays
importateurs. Une chute du cacao atteint directement la Côte d’Ivoire et le
Ghana, sans produire le même effet ailleurs. C’est ce que les économistes
appellent un choc asymétrique. Dans une union monétaire, chaque État renonce à
son taux de change et à sa politique monétaire ; la banque centrale commune
fixe un même taux d’intérêt pour tout le monde. Que fera-t-elle si l’économie
dominante connaît une expansion tandis que plusieurs autres pays entrent en
récession ? La politique adaptée aux uns peut aggraver la situation des autres.
Notre
région a déjà vécu pareille épreuve. La dévaluation du franc CFA de 1994 a
montré combien une décision monétaire prise sous la pression d’un choc
extérieur peut bouleverser les économies, les prix et les sociétés des pays qui
la subissent sans l’avoir choisie.
Le problème
n’est pas insurmontable, mais il exige des mécanismes capables d’en répartir le
coût : mobilité réelle des travailleurs, fonds de stabilisation, soutien aux
systèmes bancaires, capacité d’emprunt commune, transferts budgétaires en cas
de crise. Or ces instruments restent faibles ou mal définis au niveau de la
CEDEAO. Nous parlons beaucoup des critères d’entrée ; nous parlons peu de ce
qui se passera le jour où un pays membre sera frappé par une crise grave. Qui
soutiendra ses banques ? Qui lui prêtera si les marchés lui ferment leurs
portes ? Le vrai test d’une monnaie, c’est la première crise.
3. Des
finances publiques trop fragiles
On l’a dit
: le critère du déficit, à lui seul, peut recouvrir des situations très
différentes. Encore faudrait-il, même en le prenant au pied de la lettre, que
la convergence soit au rendez-vous. Elle ne l’est pas. Le dernier rapport de
convergence publié par l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest est sans
appel : en 2023, un seul État membre, le Cabo Verde, respectait les quatre
critères de premier rang — déficit budgétaire, inflation, financement monétaire
du déficit, réserves extérieures. Et en décembre 2025 encore, la Conférence des
chefs d’État elle-même exprimait sa « vive préoccupation face au faible niveau
de convergence macroéconomique ». Le FMI a d’ailleurs fait le calcul pour
l’UEMOA : au rythme observé depuis vingt ans, l’objectif communautaire de 20 %
de pression fiscale ne serait atteint qu’en 2048, voire après 2060 selon les
projections les plus prudentes. On lance donc en 2027 une monnaie dont la fondation
budgétaire, au train où vont les choses, ne sera prête qu’une génération plus
tard.
Le point le
plus préoccupant reste la faiblesse des recettes intérieures. Selon les
Statistiques des recettes publiques en Afrique 2024 (OCDE/ATAF/Union
africaine), la pression fiscale s’établissait en 2022 à environ 10,8 % du PIB
au Nigeria et encore ce chiffre résulte t-il d’une révision statistique récente
qui l’a presque doublé, autour de 14 % au Ghana comme en Côte d’Ivoire, et près
de 17 % au Sénégal, pour une moyenne africaine de 16 %. Aucun pays de la
Communauté n’atteint le seuil de 20 % que la CEDEAO s’était elle-même fixé
comme référence. Le paradoxe est cruel : les plus grosses économies de la
région sont celles qui transforment le plus mal leur richesse en recettes
publiques.
Recettes
fiscales en pourcentage du PIB, 2022 (valeurs arrondies ; Nigeria : chiffre
issu de la révision statistique de 2023). Source : OCDE/ATAF/CUA, Statistiques
des recettes publiques en Afrique 2024.
Le poids de
l’informel compte beaucoup dans cette faiblesse. S’y ajoutent les exonérations,
la fraude, l’étroitesse de certaines assiettes et les limites de
l’administration fiscale. La Côte d’Ivoire elle-même, troisième économie de la
Communauté et souvent citée en modèle, vise 15,4 % de pression fiscale en 2025
et ne projette que 18 % à l’horizon 2030 en deçà du seuil communautaire,
notamment parce que les exonérations consenties pour attirer les investisseurs
privent le Trésor d’une partie de la richesse créée sur son sol, dont les
profits, eux, se convertissent en devises et repartent. Lorsque les recettes ne
suffisent pas, la dette prend le relais.
Or une part
importante de cette dette est libellée en devises étrangères. Son remboursement
exige des dollars ou des euros. Même après l’adoption de l’ECO, une dette en
dollars restera une dette en dollars : le changement de monnaie ne fera pas
disparaître la contrainte extérieure.
Il y a
enfin un risque de responsabilité partagée sans pouvoir partagé. La mauvaise
gestion d’un État peut affecter la crédibilité de tous ; à l’inverse, une union
qui refuserait toute solidarité se disloquerait à la première épreuve. Avant
d’émettre l’ECO, il faut donc savoir comment seront traitées les crises
bancaires, les dettes insoutenables et les pertes éventuelles. Ces sujets sont
moins populaires que le dessin d’un billet. Ils sont pourtant plus importants.
II. La
monnaie commune comme voie de transition
Les
obstacles ci-dessus rappelés ne condamnent pas l’intégration monétaire. Ils
commandent une méthode. Entre le statu quo et le passage immédiat à la monnaie
unique, il existe une étape réaliste : la monnaie commune de règlement.
1. Une
unité de compte avant une monnaie de tous les jours.
La monnaie
commune ne remplacerait pas immédiatement le naira, le cedi, le franc guinéen,
le dalasi, le leone, le dollar libérien, l’escudo cap-verdien ou le franc CFA.
Elle serait d’abord une unité de compte régionale, scripturale ou numérique,
destinée aux échanges entre les pays de la Communauté. Les entreprises
pourraient facturer certaines opérations dans cette unité ; les banques
commerciales ouvriraient des comptes de règlement correspondants ; les banques
centrales enregistreraient les créances et les dettes entre pays. La valeur de
l’unité serait définie par une règle publique, par exemple un panier
représentatif des monnaies et des échanges de la région.
Cette
formule a un mérite politique : elle permet de commencer sans exiger de chaque
État qu’il abandonne immédiatement sa monnaie. Et un mérite pratique, plus
décisif encore : elle oblige les institutions à apprendre à travailler ensemble
avant que le choix ne devienne irréversible. L’ECU européen a joué, dans un
autre contexte, un rôle comparable. L’Afrique de l’Ouest peut inventer un
dispositif mieux adapté à ses réalités, notamment à l’importance du commerce
informel et aux progrès rapides du paiement numérique.
2.
Compenser les échanges plutôt que réclamer des dollars à chaque opération
Prenons un
cas concret. Lorsqu’une entreprise ivoirienne — la Société Ivoirienne de
Raffinage, par exemple — achète du pétrole brut au Nigeria, la transaction se
règle aujourd’hui en dollars, alors même qu’elle met en relation deux économies
de la même région. Il faut trouver ces dollars, les acheter au besoin sur le
marché, et puiser pour cela dans des réserves de change qui seraient plus
utiles ailleurs. Le même détour s’impose à d’innombrables échanges régionaux.
Avec une
monnaie commune, les paiements régionaux seraient enregistrés dans l’unité
partagée. À intervalles réguliers, un système de compensation calculerait ce
que chaque banque centrale doit réellement aux autres, et seuls les soldes nets
seraient réglés dans les actifs de réserve convenus. La monnaie commune ne
supprimerait pas, par magie, le besoin de dollars ou d’euros. Elle le réduirait
en évitant de régler séparément chaque transaction.
C’est la
compensation, davantage que le nom de la monnaie, qui produit l’économie de
réserves. Au bout du compte, une transaction entre Abidjan et Lagos devrait
devenir, du point de vue monétaire, aussi banale qu’une transaction entre
Katiola et Man.
Ce
mécanisme n’a d’ailleurs plus rien d’une vue de l’esprit. Depuis janvier 2022,
le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), lancé par
Afreximbank avec le Secrétariat de la ZLECAf et l’Union africaine, permet de
régler les échanges transfrontaliers en monnaies locales, la compensation ne
portant que sur les soldes et c’est l’Afrique de l’Ouest qui lui a servi de
laboratoire, le système ayant été expérimenté avec les banques centrales de la
Zone monétaire ouest-africaine avant son lancement à Accra. Il connecte
aujourd’hui vingt-huit pays et plus de cent quatre-vingt-dix banques.
La leçon
mérite d’être méditée : pendant que la CEDEAO se donne des dates pour la
monnaie unique, la zone de libre-échange continentale bâtit dans le bon ordre,
le commerce d’abord, les paiements ensuite, la monnaie à la fin. La monnaie
commune suggérée n’exige donc aucune invention : il s’agit d’adosser la
Communauté à une infrastructure qui fonctionne, en la dotant de ce qui lui
manque encore, une unité de compte régionale et des règles propres.
Le
dispositif pourrait d’abord concerner les grandes opérations commerciales et
les entreprises du secteur formel, puis s’étendre aux paiements de détail, aux
transferts des migrants et, avec des règles adaptées, à une partie des échanges
transfrontaliers aujourd’hui informels. Les cambistes de nos frontières ont
déjà créé, par la pratique, des passerelles entre les monnaies nationales ;
leur référence demeure souvent le dollar. Une unité régionale transparente
pourrait devenir cette référence. Mais cela suppose des taux de conversion
crédibles, une liquidité suffisante et une surveillance sérieuse : il ne suffit
pas de déclarer les monnaies interchangeables pour qu’elles le deviennent.
Ce
mécanisme pourrait d’abord concerner les grandes opérations commerciales et les
entreprises du secteur formel, puis s’étendre aux paiements de détail, aux
transferts des migrants et, avec des règles adaptées, à une partie des échanges
transfrontaliers aujourd’hui informels. Les cambistes de nos frontières ont
déjà créé, par la pratique, des passerelles entre les monnaies nationales ;
leur référence demeure souvent le dollar. Une unité régionale transparente
pourrait devenir cette référence. Mais cela suppose des taux de conversion
crédibles, une liquidité suffisante et une surveillance sérieuse : il ne suffit
pas de déclarer les monnaies interchangeables pour qu’elles le deviennent.
3. Les
garanties sans lesquelles la transition échouerait
Cette
monnaie commune aurait besoin d’une institution clairement identifiée, d’un
fonds de garantie et de règles applicables à tous. Les déficits persistants
dans le système de compensation devraient être limités ; les modalités de
règlement des soldes, les sanctions et la procédure de règlement des différends
devraient être connues à l’avance.
Restent les
questions de gouvernance, les plus délicates. Quel poids accorder au Nigeria ?
Comment représenter les pays de l’UEMOA et ceux qui disposent de leur propre
monnaie ? Où seront tenus les comptes et les réserves ? Quel contrôle
exerceront les parlements ? Une intégration durable ne peut reposer sur
l’opacité ou sur le sentiment qu’un groupe impose son architecture aux autres.
La monnaie commune servirait justement à éprouver ces règles : si le système
fonctionne, si les déséquilibres sont maîtrisés et si les échanges régionaux
progressent, le passage à la monnaie unique reposera enfin sur une expérience
partagée, et non sur une promesse.
III. Ce que
le calendrier doit au politique
Il faut
enfin dire ce que beaucoup pensent tout bas. Le 21 décembre 2019, le président
ivoirien participait le matin, à Abuja, au sommet de la CEDEAO consacré à
l’ECO. L’après-midi même, à Abidjan, aux côtés du président Macron, il
annonçait la transformation du franc CFA en un « ECO » conservant l’essentiel
de l’architecture existante : arrimage à l’euro, garantie française. Ce
précédent explique, pour une large part, pourquoi une partie de l’Afrique de
l’Ouest ne fait plus confiance au processus. Le nom avait été pris avant que la
chose commune n’existe.
Le
communiqué de juillet 2026 confie de nouveau le pilotage du dossier au même
président ivoirien, seul membre encore en fonction de la task force
présidentielle. Et la date retenue — 2027 — coïncide avec la fin du second
mandat d’Emmanuel Macron. Peut-être n’est-ce qu’un hasard de calendrier. Mais
quand un projet attendu depuis cinquante ans s’accélère soudain pour aboutir
avant le départ de l’un de ses parrains, la question mérite d’être posée :
prépare-t-on la monnaie de quinze peuples, ou boucle-t-on un dossier avant une
échéance électorale française ?
Si l’ECO de
2027 devait n’être que le CFA de 2019 étendu à quelques États de plus — mêmes
réserves, mêmes règles, même tutelle à peine voilée —, alors il ne serait pas
une monnaie africaine mais un clone du CFA, et il échouerait comme échouent
toutes les monnaies qui n’appartiennent pas à ceux qui les utilisent. Une
monnaie africaine n’est pas souveraine parce qu’elle porte un nom africain ;
elle l’est lorsque ses règles, ses réserves et ses institutions sont
effectivement maîtrisées par ceux qui l’utilisent. C’est pour éviter cet échec
que je plaide pour la monnaie commune : elle seule permet de bâtir, sous
contrôle africain et à ciel ouvert, les règles, les réserves et les
institutions sans lesquelles la monnaie unique ne sera qu’un drapeau de plus.
Aller
doucement parce que nous sommes pressés
La formule
de Laurent Gbagbo garde ici tout son sens : « Allons-y doucement parce que nous
sommes pressés. » Aller doucement ne signifie pas renoncer. Cela signifie
éviter qu’un projet historique échoue parce qu’on aura voulu gagner quelques
années après en avoir déjà perdu cinquante.
L’Afrique
de l’Ouest doit sortir du faux choix entre l’immobilisme et la précipitation.
Elle peut avancer dès maintenant : renforcer les infrastructures, faciliter le
commerce, mobiliser davantage de recettes fiscales, créer un système régional
de compensation et tester une unité de compte commune. Lorsque nos économies
commerceront davantage entre elles, lorsque la convergence ne sera plus un
résultat occasionnel et lorsque la solidarité aura été éprouvée en période
difficile, la monnaie unique ne sera plus un saut dans l’inconnu : elle
deviendra la suite logique de l’intégration.
L’ECO ne
réussira pas parce qu’une date aura été annoncée. Il réussira lorsque les
économies qui doivent le porter auront appris à vivre et à affronter les crises
ensemble.
𝗦𝗼𝘂𝗿𝗰𝗲𝘀
𝗽𝗿𝗶𝗻𝗰𝗶𝗽𝗮𝗹𝗲𝘀
1. CEDEAO,
Communiqué final de la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État
et de gouvernement, Sierra Leone, 19 juillet 2026 ; communiqué de la Conférence
de décembre 2025 sur la convergence macroéconomique.
2. Agence
monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO), Rapport sur la convergence
macroéconomique de la CEDEAO au titre de l’année 2023.
3.
OCDE/ATAF/CUA, Statistiques des recettes publiques en Afrique 2024 (données
2022).
4.
Eurostat, Intra-EU trade in goods main features.
5. FMI,
rapport régional sur l’UEMOA, avril 2025 (projection de l’objectif de pression
fiscale de 20 %).
6.
Gouvernement de Côte d’Ivoire : objectif de recettes 2025 (8 761,3 milliards
FCFA, pression fiscale de 15,4 %) ; pression fiscale projetée à 18 % en 2030
(PND 2026-2030).