vendredi, 8 mai, 2026
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LE FPI TRANSFORME UNE CÉLÉBRATION MILITANTE EN PROCÈS POLITIQUE DU RÉGIME OUATTARA
Abobo, commune populaire du Nord d’Abidjan, a vibré d’une colère froide et organisée ce samedi 2 mai 2026. Ce jour-là, le Front populaire ivoirien (FPI) y tenait la 4ème fois sa fête de la Liberté, un rendez-vous militant institué depuis la création du parti et désormais ancré dans le calendrier politique de l’opposition ivoirienne. Mais cette édition 2026 aura dépassé le simple cadre commémoratif. Portée par une mobilisation inhabituelle — militants venus des quartiers d’Abobo comme des villages d'Anyama, Akoupé-Zeudji, M’Podi, Attinguié — et animée par un discours d’une rare virulence politique, la journée s’est imposée comme un véritable procès public de la gouvernance d’Alassane Ouattara.
Le choix d’Abobo, un symbole en soi
Tenir cet événement à Abobo n’est pas un hasard géographique. Cette commune, l’une des plus peuplées et des plus pauvres de la métropole abidjanaise, est aussi l’une de celles qui portent le plus visiblement les stigmates des inégalités sociales dénoncées par l’opposition. C’est ici que les coupures d’eau durent des jours dans les quartiers de PK18 et de Belleville. C’est ici que les loyers ont flambé au point de devenir inaccessibles pour des familles aux revenus modestes. C’est ici, enfin, que des enfants étudient à la lumière des bougies, faute de courant électrique stable, dans un pays qui se targue pourtant d’une croissance économique parmi les plus soutenues du continent africain. Le choix d’Abobo comme théâtre de la fête de la Liberté relève donc d’une stratégie politique délibérée : ancrer le discours d’opposition dans le réel vécu des populations, loin des joutes abstraites des cercles politiques du Plateau.
Jean-Marie Konin, une parole offensive et documentée
C’est Jean-Marie Konin, vice-président du FPI chargé de la région Abidjan 2A, qui a incarné cette ligne offensive avec le plus d’éclat. Dès ses premiers mots, il a planté le décor idéologique de la journée : « Être ici debout sous la bannière du FPI, malgré les vents contraires, c’est déjà un acte de résistance. » Une entrée en matière qui dit beaucoup sur l’état d’esprit d’un parti qui se perçoit assiégé, mais debout.
Son réquisitoire contre le régime s’est articulé autour de deux axes complémentaires. Le premier, politique, porte sur ce qu’il nomme sans ambages la « privatisation du pouvoir ». Frères, enfants, beaux-frères positionnés aux postes stratégiques de l’État et de l’économie nationale — Konin dresse le tableau d’un appareil républicain progressivement capturé par un clan familial. « La République est devenue une affaire de famille », a-t-il martelé, en écho direct à la récente nomination de Téné Birahima Ouattara, frère cadet du chef de l’État, au poste de vice-Premier ministre et ministre de la Défense. Une formule lapidaire qui a visiblement fait mouche dans l’assistance, et qui résume à elle seule le grief central de l’opposition : la confusion entre intérêt familial et intérêt général au sommet de l’État.
Le second axe, social et économique, se veut délibérément concret, presque comptable. Konin égrène des chiffres bruts, ceux du quotidien : la viande de bœuf à 4 000 voire 4 500 FCFA le kilogramme, contre 1 700 FCFA en 2010 ; les tarifs de transport doublés ; les factures d’électricité et d’eau payées rubis sur l’ongle pendant que les coupures s’enchaînent. « On paye les factures d’électricité et d’eau mais on paye en même temps les bidons pour la réserve de l’eau et les groupes électrogènes pour éclairer les maisons. C’est la double peine », a-t-il tonné. Cette double peine — payer pour un service que l’on ne reçoit pas — incarne, dans l’esprit du FPI, l’imposture d’un discours officiel sur la prospérité qui ne descend jamais jusqu’aux couches populaires.
Un avertissement sur la paix sociale
Au-delà du procès politique, c’est peut-être l’avertissement sur la cohésion sociale qui constitue le moment le plus grave de cette prise de parole. « Quand le panier de la ménagère est vide et le robinet d’eau est sec, la paix sociale est en danger », a lancé Konin, sur un ton qui n’avait plus rien du meeting partisan mais évoquait davantage une mise en garde adressée aux décideurs. La formule résonne d’autant plus fortement que la trêve sociale liant le gouvernement et les centrales syndicales arrive précisément à échéance en 2027, dans un contexte de revendications sociales croissantes et de tensions sur le pouvoir d’achat.
La crise du secteur cacaoyer a également été convoquée dans ce tableau d’ensemble. Les producteurs ruraux, à qui l’on remet des promesses écrites lors de l’enlèvement de leur récolte sans garantie de revenus stables, illustrent selon le FPI l’abandon des pans entiers de l’économie nationale au profit d’une vitrine macroéconomique flatteuse mais creuse.
Une opposition qui cherche à se rassembler
Significativement, Jean-Marie Konin a salué depuis sa tribune la présence de représentants du PDCI-RDA, du COJEP et du G8. Ce geste, discret mais lisible, signale la volonté du FPI de construire ou de consolider un front commun de l’opposition autour de thématiques partagées : cherté de la vie, restriction des libertés, déficit d’équité républicaine. Dans un paysage politique d’opposition souvent fragmenté, la fête de la Liberté d’Abobo aura au moins eu le mérite de poser publiquement la question du rassemblement.
La fête s’est achevée dans la ferveur, au son des artistes Paul Madys et du danseur Tabala. Mais derrière la musique et les couleurs militantes, Abobo avait parlé. Avec franchise. Et sans complexe.
Avec Sercom FPI