Côte d'Ivoire : Agir pour le Peuple (AGIP) demande une loi d’amnistie générale pour les prisonniers d'opinion.

New Africa jeudi, 16 juillet, 2026 70 0 0 0
Côte d'Ivoire : Agir pour le Peuple (AGIP) demande une loi d’amnistie générale pour les prisonniers d'opinion.
Agir pour le Peuple (AGIP) demande une loi d’amnistie générale pour les prisonniers d'opinion.

DÉCLARATION DE AGIR POUR LE PEUPLE (AGIP)

RELATIVE A LA DEMANDE D’UNE LOI AMNISTIE GÉNÉRALE POUR LES PRISONNIERS D'OPINION EN CÔTE D’IVOIRE. 


A l’occasion de la commémoration de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Agir pour le Peuple (AGIP) demande une loi d’amnistie générale pour les prisonniers d'opinion. 


I. UN CONSTAT QUI INTERPELLE LA CONSCIENCE NATIONALE


Depuis l'élection présidentielle controversée du 25 octobre 2025, la Côte d'Ivoire connaît une vague d'arrestations et de poursuites judiciaires d'une ampleur préoccupante. Selon les propres décomptes du Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), plus d'un millier de militants demeurent aujourd'hui détenus à la suite des manifestations organisées en marge du scrutin, sur un total de 1 658 personnes interpellées durant la période électorale. Amnesty International, dans son communiqué du 10 mars 2026, a elle-même appelé les autorités à garantir un procès équitable à ces personnes et à libérer celles détenues sans fondement suffisant.

AGIP (Agir pour le Peuple) prend acte, avec un espoir mesuré, des gestes de décrispation récemment amorcés par le pouvoir : la libération, le 6 juillet 2026, de l'ex-ministre Lida Kouassi Moïse après onze mois de détention ; celle du cyberactiviste Ibrahim Zigui après dix mois d'incarcération ; celle de Gala Kolebi, libre depuis le 24 juin 2026 après dix-huit mois de prison ; ainsi que la libération, fin 2025, de plusieurs milliers de détenus de droit commun à l'occasion du décret présidentiel de grâce collective. Ces mesures, aussi bienvenues soient-elles, restent partielles et n'effacent pas l'ampleur du contentieux qui subsiste.


II. DES CAS QUI ILLUSTRENT L'URGENCE


1- Militants du PPA-CI : au-delà des libérations ponctuelles, le vice-président du parti, Justin Katinan Koné, dénombre 114 prisonniers politiques incarcérés entre 2011 et octobre 2025, et 756 personnes interpellées lors des seules manifestations d'octobre dernier. L’Initiative pour la Libération des Prisonniers d'Opinions (ILPO), mise en par l’ex-président Laurent Gbagbo dénombre environ 2000 prisonniers d'opinion. Les décès de trois détenus politiques, restés en détention provisoire sans jugement, rappelle le coût humain de ces incarcérations prolongées.

2- Militants du PDCI-RDA : des libérations ont également concerné des militants de ce parti, signe que la mesure de clémence a été appliquée au-delà d'une seule famille politique. Il reste cependant plusieurs militants du PDCI en détention, un précédent qu'il convient désormais d'élargir et de systématiser.

3-Militants proches de Guillaume Soro :

L’ex-président de l’Assemblée Nationale et président de Générations et Peuples Solidaires (GPS), Guillaume Kigbafori Soro a plusieurs de ses proches et collaborateus en détention depuis 2020 pour certains et 2024 pour d’autres. 

4- Cyberactivistes : le cas d'Ibrahim Zigui, condamné le 18 mai 2026 à cinq ans de prison pour des propos critiques envers l'exécutif, avant d'être libéré provisoirement après dix mois de détention, illustre la disproportion entre l'expression d'une opinion, même vive, et la sévérité de la réponse pénale. Ces poursuites interrogent directement le respect de l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ratifié par la Côte d'Ivoire en 1992, qui protège la liberté d'expression. Au delà du cas Zigui, il y a de nombreux cyber-activistes qui sont en détention. 

5- AGIP : le cas de notre propre Secrétaire Général, Armand Krikpeu, illustre plus que tout autre, ce que la répression fait subir à la société civile organisée. Arrêté le 13 septembre 2024 en pleine rue de la capitale économique par des hommes en civil lourdement armés, alors qu'il s'apprêtait à une rencontre avec des journalistes qui souhaitaient l'interroger sur une marche pacifique contre la vie chère, les déguerpissements abusifs et la violence électorale, il a été maintenu au secret, privé d'accès à un avocat durant ses deux premiers mois de détention, puis condamné le 28 juillet 2025 par le tribunal d'Abidjan, section antiterroriste, à vingt-quatre mois de prison, dix ans de privation de ses droits civiques et une amande de cinq cent mille francs cfa, pour atteinte à l'ordre public et organisation d'une manifestation interdite. La Ligue internationale contre la détention arbitraire (ILAAD) a jugé cette détention arbitraire et a saisi à ce titre le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire. Comment demander l'amnistie pour les autres si nous ne portons pas, en premier lieu, la voix de celui qui a porté la nôtre ? 

Il y a des militants de la société civile qui sont également en détention. 


III. LE FONDEMENT JURIDIQUE DE NOTRE APPEL


L'amnistie n'est ni un aveu de faiblesse de l'État, ni une remise en cause de son autorité : elle est un instrument de paix civile que la Côte d'Ivoire a déjà mobilisé avec succès, notamment par la loi d'amnistie du 8 août 2003 qui a permis de tourner la page d'une crise majeure, sans oublier l'ordonnance du 6 août 2018 qui a permis la mise en liberté d'environ 800 prisonniers politiques, a contribué un temps soi peu à la décrispation du climat sociopolitique issu de la crise post-électorale de 2010-2011. 

AGIP rappelle que cet appel s'inscrit dans le cadre :

de l'article 9 du PIDCP, qui impose qu'aucune détention ne soit arbitraire et que toute personne détenue soit jugée dans un délai raisonnable ou libérée ;

de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, qui garantit la liberté d'opinion, d'expression et de réunion pacifique ;

de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (CADEG), qui appelle les États parties à consolider la réconciliation nationale après toute période électorale contestée ;

du Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance, qui fait de l'apaisement post-électoral une condition de la stabilité régionale.


IV. NOS DEMANDES


AGIP, au nom de sa mission de veille citoyenne et de défense des droits humains, demande solennellement :

l'adoption d'une loi d'amnistie générale couvrant l'ensemble des faits liés aux manifestations et à l'expression d'opinions politiques depuis 2011 jusqu'en 2026, sans distinction d'appartenance partisane ;

la libération immédiate des personnes actuellement détenues dans ce cadre, en particulier celles en détention provisoire prolongée sans jugement ;

l'ouverture d'une enquête indépendante sur les conditions de détention ayant conduit aux décès des trois détenus politiques ;

la mise en place d'un dialogue national incluant la société civile, la majorité présidentielle et l'opposition, pour que cette amnistie s'accompagne de garanties durables contre la répétition de tels contentieux.


CONCLUSION


La société civile ivoirienne, dont AGIP se veut un acteur constant et impartial, ne demande ni impunité ni règlement de comptes, mais la restauration d'un climat de confiance sans lequel aucune réconciliation véritable n'est possible. Libérer les détenus d'opinion, c'est donner à la Côte d'Ivoire les moyens de sa propre cohésion. AGIP en appelle à la responsabilité du Chef de l'État, garant de l'unité nationale, pour transformer les premiers gestes de clémence en un acte politique achevé : l'amnistie générale.


Fait à Abidjan, le 13 juillet 2026.


Pour AGIP (Agir pour le Peuple),

Secrétaire Général Adjoint,

Dr.TIAHI BI Jean-Louis.

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