Quand Laurent Gbagbo le prisonnier recevait les « Elders » à Korhogo

Côte d’Ivoire: Devoir de mémoire

LAURENT GBAGBO INTERNÉ QUELQUE PART À KORHOGO:

FM : Comment vous portez-vous après cinq mois à Korhogo mais loin du pouvoir ?
LG : Bien. Je vous le souhaite à vous et tous mes compatriotes exilés internes et externes qui souffrent encore de cette situation dramatique.

FM: L’hebdomadaire Jeune Afrique L’intelligent nous apprend que vous êtes un peu perturbé.
LG : N’ayez pas peur des mots. Dites plutôt que je deviens fou. Je confonds mon lieu de détention au palais présidentiel, je donne des ordres, convoque des conseils des ministres… (rires). Il se dit beaucoup sur mon compte. Ne vous y trompez pas, cela fait partie du processus : On vous diabolise, on vous renverse, et on vous fait passer pour débile. Ai-je le parlé de quelqu’un qui perd la tête ?
FM: Vivez-vous en permanence dans la résidence présidentielle à Korhogo ? Qu’en est-il exactement de vos conditions de détention ? Vous avez été formellement inculpé, que dites-vous des chefs d’accusation qui justifient votre inculpation ?
LG : Souffrez que je n’en dise pas un mot.
FM : Pourtant l’opinion nationale et internationale souhaiteraient en savoir du concerné que vous êtes.
LG : Cela révèle du domaine judiciaire. Seuls mes avocats peuvent vous entretenir la-dessus. Le prévenu qu’on dit que je suis, ne souhaite donc pas se prononcer sur ces sujets. Pour le reste, excepté la politique intérieure des autres pays, je suis ouvert à vous, monsieur.
FM : Savez-vous que monsieur Koulibaly Mamadou l’ex No 2 de votre régime a crée son parti politique, le LIDER ?
LG : J’en suis heureux pour lui. (rires)
FM : Mais il n’est pas tendre avec vous.
LG : Personne n’a jamais été tendre avec moi depuis mon entrée en politique.
FM: Vous semblez être sa cible préférée à chacune de ses sorties. Cela ne vous interpelle pas ?
LG : Pourquoi cela devrait m’interpeller ? (rires) À chaque nouveau parti sa stratégie de positionnement ! Si ma modeste personne peut l’y aider, pourquoi voulez-vous qu’il s’en prive ? Laissez Mamadou tranquille, c’est comme ca qu’il est, et comme ça que nous l’aimons. (rires)
FM : Que répondez-vous, lorsqu’il accuse le FPI d’être un parti tribal qui l’aurait accepté pour se donner une caution nordique ?
LG : Rien qui puisse engager la polémique, si c’est que vous attendez de moi. Je suis simplement peiné, parce que nous le savons capable de mieux. S’il y a un mot ou sujet que j’évite en politique, ou tout ce que vous dites, vous suit à vie, c’est bien celui-là. Nous savons où cette façon de faire la politique nous a conduits. Il faut se méfier de ceux qui jouent avec les ethnies.
FM : Est-ce à dire que le FPI (Front Populaire Ivoirien), votre formation politique, n’est pas tribal ?
LG : Je vous renvoie à la carte électorale de la présidentielle. Nous comptons au moins soixante ethnies dans ce pays où, en plus de cinquante années de vie commune, le lien du mariage nous a entremêlé. Vous ne pouvez pas pointer du doigt l’autre sans que votre doigt ne soit dans votre direction. Il en est de même pour les 35% d’étrangers qui nous font l’honneur de vivre avec nous. Vous ne pouvez pas toucher à un seul d’entre eux sans toucher à un ivoirien, parce qu’il n’y a pas d’ivoirien, je dis bien un seul, qui puisse se targuer de ne pas avoir d’étranger au sein de sa famille….
C’est pourquoi malgré la prise de position de certains d’entre eux, qui continuent encore à tort de croire que la guerre faite à la Côte d’Ivoire l’est pour eux, aucune conduite à la frontière n’a été envisagée en violation de certaines lois de la sous-région, comme ce fut le cas pour des burkinabé vivant dans le sud-ouest sous Bédié.
FM : Pourtant il se dit que votre passage aux affaires été des plus meurtriers pour beaucoup d’entre eux, tout comme il l’a été pour les ressortissants du nord acquis à la cause d’Alassane Ouattara.
LG : A vous entendre, on aurait dit qu’il n’y a pas de ressortissants du nord avec moi, mais pire je faisais la chasse à une certaine population. Non, c’est un mauvais procès qu’on me fait, il en est rien de tout ce qui se dit. Entre un président qui dirige un état de droit dont un des rôles régaliens est d’assurer la sécurité et un opposant qui excelle dans l’art du communautarisme à la limite du fanatisme religieux, à qui la faute s’il y a mort d’hommes ? Qui réunit ces hommes et femmes très souvent armés, sur la base de la région et de la religion, pour aller défier les forces de l’ordre qui, elles-mêmes, sont représentrices d’une Côte d’Ivoire diverse ? Il n’y a qu’un seul que les ivoiriens désigneront facilement, si vous leur posez la question. C’est la deuxième fois que le même me met en prison sans que j’en appelle à la révolte de ma communauté religieuse, de ma région voire de ma tribu. Dommage que les autres veuillent forcement se voir en moi.
FM : Robert Bourgui a récemment révélé que vous avez financé la campagne de Jacques Chirac. Qu’en est-il ? Je suppose que, comme les autres mis en cause, vous me direz que ce n’est pas vrai.
LG : Comment voulez-vous que je réponde à des accusations de quelqu’un qui dit ne pas avoir de preuve de ce qu’il avance ? Où bien on attend de moi que je dise que je ne l’ai pas fait, mais je manque aussi de preuves pour clamer mon innocence ?
FM : Monsieur Koulibaly Mamadou le confirme…
LG : Espérons qu’il lui procure des preuves, dans la mesure où, lui, était du même camp que moi lors de la remise de cet argent… Croyez-vous vraiment que si je faisais partie de ces magouilles, on m’aurait largué toutes ces bombes sur la tête ? Le bon sens n’a jamais été une tare…
FM : Pourquoi monsieur Konan Bédié Henri, l’ex-président ivoirien et président du PDCI, vous voue-t-il cette haine viscérale ?
LG : Vous l’a-t-il dit ?
FM : Non… Mais il en donne l’air. Après avoir aidé monsieur Ouattara à vous ravir le poste de chef de l’Etat, il ne ferait pas d’effort pour vous sortir de là où vous êtes.
LG : Écoutez, c’est à monsieur Bèdié qu’il faut poser la question, puisque personne ne m’accuse de lui avoir fait du mal, bien au contraire. Quant à me sortir d’ici, ne vous inquiétez pas, je suis assez responsable.
FM : Reconnaissez-vous maintenant monsieur Alassane Ouattara comme Président de la République de la Côte d’Ivoire après plusieurs mois de détention ?
LG : Je suis allé à une élection où mon adversaire et moi soutenons tous les deux avoir remporté le scrutin. J’attends qu’on me dise qui de lui et moi est le vrai vainqueur.
FM : Mais le conseil constitutionnel l’a déclaré vainqueur !
LG : Après m’avoir déclaré en premier… Est-ce à dire que nous le sommes tous les deux? Ce serait impensable. Un pays comme le notre, riche de sa diversité, ne devrait pas s’éloigner de la démocratie et du respect des lois qu’il s’est librement doté. Cela y va de sa stabilité. Ce serait hasardeux de croire qu’on pourra éternellement bâillonner cette énorme partie du peuple qui croit en cette voie.
FM : Etes-vous déçu de votre ami Yao Paul N’dré l’ex-président du conseil constitutionnel ?
LG : Je n’ai rien à dire.
FM : Souhaitez-vous toujours le recomptage des voix ? N’avez-vous pas peur d’être perçu comme celui qui veut ressusciter la crise électorale ?
LG : Ah bon ! Parce qu’elle était terminée ? C’est vous qui me l’apprenez… Je sais que la France m’a renversé militairement à la demande de mon adversaire pour y être installé. Mais le fond du probleme demeure. Qui de Ouattara et moi a remporté l’élection ? Le candidat que je suis a le droit et le devoir de le savoir. Ceux qui ont voté pour Gbagbo ont le droit de savoir. Tout démocrate devrait le réclamer.
FM : Certains des vôtres soutiennent que vous avez perdu la présidentielle.
LG : Et d’autres, s’ils ne se posent pas des questions, affirment que je l’ai remporté……….

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